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Guerre en Ukraine : Comment la résistance s’organise ?

Guerre en Ukraine : Comment la résistance s’organise ?

Guerre en Ukraine : Comment la résistance s’organise ?

Huit jours après le début de l’offensive, la Russie, frappée de sanctions économiques occidentales d’une ampleur inédite, fait face à une vive résistance de l’armée ukrainienne et de nombreux citoyens. Fabrication de matériel pour l’armée, brigades citoyennes, affrontements par médias interposés : cette résistance s’organise.

A Kiev, la capitale, à Kharkiv, la deuxième ville du pays, et dans les grandes villes attaquées, les Ukrainiens résiste, pour le moment, face à l’armée russe. Au huitième jour de son offensive, l’armée de Vladimir Poutine a conquis des territoires importants, mais elle est loin d’avoir atteint ses objectifs alors que les soldats russes se heurtent à la résistance de l’armée ukrainienne et des civils. Depuis une semaine, des images d’Ukrainiens s’interposant devant des chars russes, ou prenant les armes pour lutter contre l’invasion ont circulé sur les réseaux sociaux, mettant à mal le discours du président russe sur une armée russe « libératrice » du « peuple frère » ukrainien.

L’armée en première ligne

Au premier rang, il existe l’armée professionnelle. Il s’agit d’une résistance qui n’existait pas au début du conflit armé, en 2014. L’armée était un point faible pour l’Ukraine, ce dont la Russie avait pleinement conscience. Les effectifs de l’armée ont été divisés par 4 entre 1991 et 2013. Le sous-financement de l’armée était permanent, lui permettant à peine de survivre. En 2014, alors que la Russie attaque dans le Donbass et la Crimée, une armée déliquescente fait difficilement face. Sur le terrain, ce sont les civils sans entraînement qui se battent.

L’armée ukrainienne est complètement différente aujourd’hui. À ce jour, elle a toujours de nombreux problèmes (corruption …) mais l’Etat et les citoyens ont su que la menace russe était présente, qu’il était important de moderniser l’armée, et les Ukrainiens sont attachés à cette institution. Cette dernière a bénéficié de soutiens logistiques, de formations, de partenariats avec plusieurs pays occidentaux (avec l’OTAN notamment). Elle possède aujourd’hui, à la différence de 2014, des armes et des équipements de meilleure qualité. Les soldats sont aussi considérablement plus nombreux, les jeunes Ukrainiens s’étant engager dans ce métier alors que la guerre dure depuis 8 ans.

Des civils prennent les armes

La résistance s’organise ensuite dans ce qu’on appelle les « bataillons de défense territoriale », qui ont été créés avec le début de la guerre, en 2014, et au sein desquels les Ukrainiens ont été invités à s’engager à nouveau depuis plusieurs semaines, au vu de la situation. Ces bataillons sont sous l’égide de l’armée, et les citoyens sont incités à s’y engager et à prendre les armes pour défendre un territoire. Ils ne sont pas formés de soldats professionnels mais de combattants civils entraînés au maniement des armes. Certains de ceux qui y avaient participé en 2014 ont intégré l’armée, d’autres ont quitté le front mais se sont formés et sont aujourd’hui à nouveau mobilisés. Enfin, des citoyens qui ne font partie d’aucune unité armée prennent aussi les armes. On peut remarquer, par exemple, des distributions de kalachnikovs à la population de Kiev, ou bien des habitants préparer des cocktails Molotov, tenir la ligne de front, ou encore prendre en charge l’évacuation des personnes les plus fragiles.

Par ailleurs, après 2014, la société civile ukrainienne s’est organisée, en mettant sur pied une aide humanitaire et juridique notamment, et cette mobilisation a permis une organisation très rapide dans le contexte actuel.

Mobilisation générale

En effet, il existe une mobilisation massive des Ukrainiens pour la défense de leur pays en tant qu’Etat indépendant. En se plaçant comme un ennemi de l’Ukraine, Vladimir Poutine a créé une unité nationale qui ne préexistait pas en 2014. La guerre a rassemblé toute la population ou presque.

Le président ukrainien joue un rôle salvateur au près de cette résistance. Les Ukrainiens étaient très critiques de leur président, mais nombre de ses détracteurs lui trouvent désormais une stature héroïque. Volodymyr Zelensky a été élu en 2019 en jouant sur son image de simple citoyen. Il incarne aujourd’hui celle de l’Ukrainien ordinaire ayant pris les armes pour défendre son pays, lui qui n’a reçu aucune formation en la matière. Grâce à lui et à ses concitoyens, la capitale Kiev est encerclée mais n’est pas encore tombée malgré les multiples efforts russes. Les forces russes « se heurtent à plus de résistance qu’ils ne s’y attendaient », affirmait dès vendredi soir un haut responsable américain.

« Nous avons tenu bon et repoussons avec succès les attaques ennemies. »

Président Volodymyr Zelensky

La résistance est une épine dans le pied de Vladimir Poutine. Si cette résistance permet aux Ukrainiens de s’opposer avec une efficacité inattendue aux forces russes, elle peut cependant entraîner une catastrophe pour l’Ukraine si Vladimir Poutine change de stratégie pour atteindre ses objectifs. Il peut par exemple ordonner l’établissement d’une stratégie de destruction, avec des bombardements qui toucheraient de nombreux civils. Beaucoup d’argent a été investi dans l’équipement militaire et l’armement russe ces dernières années, mais la sphère militaire, comme toutes les autres industries stratégiques, est corrompue. Il est possible que l’argent n’ait pas été investi dans l’équipement, ou que ce dernier ne soit pas aussi performant qu’escompté. Il est possible, ainsi, que les hommes ne soient pas aussi significativement entraînés en Russie que l’on ne le pense, surtout au combat en milieu urbain.

Un appel aux étrangers

Les habitants, qui ont pu récupérer des armes, gilets pare-balles et munitions dans des commissariats, ont érigé des tranchées et des barricades, espérant freiner la progression des chars russes à Kiev, capitale ukrainienne. En seulement quelques jours, les habitants de la capitale ont acquis des réflexes de zone de guerre. Dans un communiqué diffusé dimanche, la présidence ukrainienne a d’ailleurs annoncé avoir commencé à former une légion de combattants étrangers pour l’aider à repousser les forces russes.

« Tous les étrangers désirant rejoindre la résistance aux occupants russes et de protéger la sécurité mondiale sont invités par les autorités ukrainiennes à rejoindre les forces de défense. »

Présidence ukrainienne précisant qu’une unité spéciale sera formée sous le nom de « Légion internationale ».

Les volontaires sont appelés à se rendre dans les ambassades d’Ukraine dans leurs pays. Le président Volodymyr Zelensky avait déjà appelé les Européens ayant une expérience du combat à se rendre en Ukraine pour combattre l’armée russe.

La crainte des prochaines heures

Toutefois, les habitants craignent que les Russes ne déploient plus de troupes dans les zones urbaines afin de conquérir les grandes villes du pays. Dans l’oblast (région administrative) de Kiev, un convoi de chars russes de 65 km de long approche, même appauvri en carburant et nourriture. Selon les autorités, l’objectif de Moscou de prendre Kiev pour y installer un régime pro-russe n’a pas changé.

Face à cela, le président ukrainien continue donc de demander des aides supplémentaires à ses partenaires occidentaux. De surcroît, les Pays-Bas, ont annoncé leur intention de fournir « dès que possible 200 missiles anti-aériens à l’Ukraine ». Des fusils de précision et des casques ont d’ores et déjà été expédiés. Les Pays-Bas ont été suivis par la République tchèque qui va, elle, faire don à l’Ukraine de mitrailleuses, de fusils automatiques et de précision, de pistolets et de munitions, pour une valeur de 7,6 millions d’euros. Les États-Unis ont eux annoncé fournir une nouvelle aide militaire à l’Ukraine d’un montant de 350 millions de dollars.

« La guerre est revenue en Europe » et elle « durera », a averti Emmanuel Macron. L’Ukraine doit donc se préparer à une guerre meurtrière et qui est amener à long terme.