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Nadal, lnfinito

Nadal, lnfinito

Nadal, lnfinito

Étourdissant, incroyable, vertigineux … Le court Philippe-Chatrier retient son souffle à la balle de match. L’impatience et la solennité se mêlent. Le temps s’arrête. Pour la première fois, l’intensité s’est soudain drapée d’une extrême fragilité sur Roland Garros.


Indestructible, Rafael Nadal avait le pied gauche anesthésié, un jeu cahotant, son plus grand rival, Novak Djokovic, à battre dès les quarts et une jeunesse en quête de l’impossible. En battant le Norvégien Casper Ruud, l’Espagnol Rafael Nadal décroche ainsi, ce dimanche, son quatorzième titre à Paris, le vingt-deuxième en Grand Chelem, reléguant à deux longueurs Novak Djokovic et Roger Federer.

Il a souvent martelé son revers, attendant la faute ou s’engouffrant long de ligne quand il sentait son adversaire en bout de course. Premier break et 2-0 avant une nette baisse d’énergie du n°5 mondial après ces premières minutes ponctué de deux doubles fautes. Mais la marche est trop haute Ruud n’a jamais réussi à profiter des failles adverses.

Pour l’histoire

A 36 ans et deux jours, le Majorquin continue de défier les lois de l’attraction terrestre sur la terre battue parisienne. Et, plus encore, celles du temps. Jamais le maître des lieux n’avait aussi peu joué sur terre avant de rejoindre Roland, d’abord diminué par une côte fracturée, avant que la douleur à son pied gauche ne se réveille brutalement à Rome, il y a trois semaines.

Tout au long de la quinzaine, son pied (anesthésié a-t-il confié par la suite) a été un sujet de débat, mais il a tenu, au terme d’un parcours du combattant. Jamais l’Espagnol n’avait été aussi bousculé en seconde semaine dans un des tableaux les plus difficiles de sa carrière. En huitièmes de finale, il lui a fallu cinq sets pour se défaire du Canadien Félix Auger-Aliassime, protégé de son oncle et ex-entraîneur, Toni Nadal. Dans une finale avant l’heure, il a par la suite pris sa revanche au bout de la nuit sur le Serbe Novak Djokovic, qui l’avait éteint en demi-finales l’an dernier.

Ce dimanche, il a reçu de la part des 15 000 spectateurs, debout, la même ovation que depuis son entrée en lice, le 23 mai. De la même manière qu’il avait ressuscité à Melbourne après cinq mois de convalescence, à Paris, Rafael Nadal a déjoué tous les pronostics avec tout ce qui lui reste de rage et de courage.

La dernière ?

Arrivé à Paris sans certitude depuis qu’il avait quitté Rome sur une défaite face à Denis Shapovalov et en claudiquant, l’Espagnol a réussi à puiser au fond de lui-même et de ses réserves pendant quinze jours pour prolonger son histoire avec la terre parisienne. Quelques mois après son incroyable renversement en finale de l’Open d’Australie, il a su surmonter ce syndrome de Müller-Weiss qui le fait de plus en plus souffrir au pied et qui rapproche Rafa, à chaque match, un peu plus de la fin. Cette semaine, le Roi de Roland Garros a laissé planer le doute sur la suite de sa carrière.

« Pour être franc, chaque match que je joue ici est peut-être mon dernier à Roland-Garros, voire de ma carrière, qui sait ? »

Rafael Nadal

L’Espagnol prétendait même échanger volontiers un dernier sacre dans son royaume contre la promesse d’un pied neuf.

« Je préfère perdre la finale et avoir un nouveau pied qui me permettrait d’être heureux au quotidien. Gagner, ça te remplit d’une joie momentanée, mais j’ai une vie qui m’attend après, c’est le plus important, et j’aimerais pouvoir y faire du sport amateur avec mes amis… »

Rafael Nadal

Dans son discours lors de la cérémonie de remise des récompenses, il s’est montré moins alarmant : « Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve mais je vais continuer à mellll de lui donner rendez-vous l’année prochaine.

La fin inexorable

« Ce qui me pousse encore à continuer, ce n’est pas d’essayer de gagner plus de Grands Chelems que les autres, c’est la passion pour le jeu, jouer devant des stades pleins, mais si je ne me sens plus compétitif, je n’aurai plus de plaisir »

Rafael Nadal

Ainsi, il va falloir trouver une solution pour estomper la douleur à long terme, sans ébranler quotidiennement les nerfs. La semaine prochaine sera cruciale. L’Espagnol essayera un « traitement spécial », par radiofréquence, consistant à bruler les nerfs afin de « couper la douleur au niveau de ces derniers tout en gardant des sensations sur le pied », a-t-il expliqué. De l’efficacité de cette thérapie dépendra la suite de la carrière de Rafael Nadal.

Au crépuscule de sa carrière, le court Philippe-Chatrier sera resté sa forteresse. En 2005, l’adolescent fougueux de 19 ans s’y allongeait pour la première fois bras en croix, dos contre terre. Peu importe ce que l’avenir lui réserve, après dix-sept ans de règne, l’Espagnol peut sereinement céder les clés de son royaume dont il restera la légende pour l’éternité.